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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 11:57

Dans les airs Diable du codex gigas

Un démon et un voyageur se promenaient ensemble dans des régions inconnues.

C'était un démon assez simple, il n’avait pas d’ailes, mais il savait voler.

Le voyageur, lui, aimait particulièrement les mousses, qui avaient le pouvoir de faire venir l’orage. Lorsqu’ils en trouvèrent une, car ils en cherchaient, l’orage se déclencha, éclata, et une  pluie diluvienne se répandit sur la terre.

Le démon prit le voyageur dans ses pattes pour l’emporter chez lui, par les airs, mais arrivé à une certaine altitude, au-dessus de la forêt, un éclair se déchaîna sur eux, et ils sombrèrent dans l’oubli des torrents. 

Béatrice

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 22:36

Pour commencer... (Suite)
Les textes dont sont extraits les listes de mots

 

Charles BAUDELAIRE Poèmes en prose (Le Spleen de Paris) XIX "Le joujou du pauvre"Murillo Deux femmes à la fenêtre 1655

 

      Je veux donner l’idée d’un divertissement innocent. Il y a si peu d’amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l’intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, — telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l’enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, — et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s’agrandir démesurément. D’abord ils n’oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s’enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l’homme. 

      Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

      Le luxe, l’insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu’on les croirait faits d’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

      À côté de lui, gisait sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l’enfant ne s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait :

      De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

      À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

     Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec des dents d’une égale blancheur.

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND René (1802)

 

     Le jour je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de choses ā ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire: “ Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. ”

      “ Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie ! ” Ainsi disant, je marchais ā grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur. 

 

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 21:48
Une première séance pour se lancer...

Un logo-rallye

Objectif : créer une atmosphère à partir de mots donnés.

Définition : rencontre de récits où doivent apparaître, dans l'ordre, les mots dont on donne au départ une liste. Ces mots ne forment pas un ensemble apparemment cohérent.


Consigne :

Choisir une de ces deux listes de mots, laisser les mots résonner pour créer en vous une atmosphère.

Rédiger un texte à partir de ces mots, vous n'êtes pas tenus de respecter l'ordre dans lequel ils ont été donnés et vous avez le droit de supprimer un mot de la liste.


Liste un

Vol - orages - forêt - ailes - mousse - secret instinct - voix - régions inconnues - voyageur - démon.


Liste deux

Robe pourpre - matin - dents - jardin - enfant - rat - luxe - spectacle - barreaux - peinture idéale.

Rire jauneGuo Xi Early Spring
     Un beau matin, dans un jardin, un enfant eut l'idée de repreindre les barreaux qui entouraient sa maison. Il cherchait la bonne couleur. Tout à coup, il trouva la peinture idéale : du jaune ! couleur du luxe et de l'argent. Il s'en fit un spectacle dans sa tête...
     Mais quand il l'eut fait, un vilain rat, très laid, rongea les barreaux qu'il venait de repreindre. L'enfant lui demanda pourquoi il avait cela. Et le rat répondit : "Mais je pensais que c'était du jaune gruyère !"
Si vous n'avez pas compris, c'est que vous êtes trop intelligent !
Tiphaine

Où l'artiste n'est pas qui l'on croit...
     Un matin, comme je descendais les escaliers et sortais dans mon jardin, j'aperçus un rat avec de petites dents vêtu d'une petite robe pourpre. Il était en train de dessiner un enfant. Quelques secondes plus tard, je m'aperçus que cette peinture idéale représentait mon visage : un spectacle de luxe !     Ophélie

Sur les ailes du rêve
     C'est un voyageur : il traverse les régions inconnues, des forêts au sol recouvert de mousse. Il entend les voix des autres animaux de ces endroits merveilleux. Il rêve d'avoir des ailes ! Il rêve de faire de longs vols au-dessus du monde. Et survoler les orages, ces démons du ciel.
     Mais son rêve est inaccesible : Vous imaginez, vous, un lapin avec des ailes ?     Manon F.

Allo Houston !
     "Ici Dent-d'enfant-02347. Est-ce que tu m'entends ?
- Ici Robe-pourpre 09412. Où te trouves-tu, D-E-02347 ?
- Je suis près du jardin de luxe.
- D'accord je te rejoins tout de suite, Je suis tout près, à côté du spectacle.
- OK, je t'attends. Tu l'as ?
- Oui, j'ai trouvé la peinture idéale !
- Allo, allo, ici Matin-de-barreaux-0013. J'apprends que vous avez réussi la mission. Rendez-vous près du rat."
Albane
A suivre...




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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 21:31

 Un texte libre                "Dans la brume obsédante..."       
              Dans la brume obsédante, ce brouillard blanc et épais, cette nuance de gris soyeux, ce nuage nous prend l'esprit et nous embarque dans des pensées pourpres aux idées roses. Oui, celles qui vous rappellent le passé, celles qui s'accompagnent habituellement de larmes humides et douces. Ces larmes qui se sont calmement écoulées sur nos joues rondes, nos joues au sombre teint rose pâle. C'est comme cela, dans un long chemin de terre enlacé de mots doux, de mots d'amour. Ce seul amour qui nous prend dans une ronde rouge. Soudain la pluie tombe sur nos épaules, comme un malaise dans une phrase, comme une nouvelle fulgurante. Frederic Edwin Church - The river of lightLa pluie comme des gouttes de rose sur la lettre ''I'' de ce beau mot ''Aimer''. Ce mot qui est dans la tête de toutes ces personnes autour de moi. Je m'endors paisiblement dans cette herbe humidifiée par cette averse de gouttes douces, accompagnées d'un nuage gris-noir. L'ombre de l'arbre que j'ai choisi forme un dessin vague sur le sol bosselé. Il suffit d'un instant, d'une envie pour revoir notre parcours, il suffit d'une phrase pour faire basculer cette paisible minute dans le doute atroce qu'est la vie. Une simple photographie ou une musique me rappelle ce moment si lointain. Le mystère demeure dans mon esprit, mes mains ne sont contrôlées que par mon cœur. J'entends des voix, des enfants sont ici, prés de moi. On sait tous qu'il est difficile de remuer nos souvenirs dans nos têtes. Je reste muette, le silence est la meilleure façon de faire face. Le soleil maintenant brûle un peu mes paupières, il me chatouille amicalement le nez et me pique les bras. Puis une sensation de froid me prend au dépourvu, je frissonne, lentement ma peau fait de drôles de formes sur l'ensemble de mon corps, de petites bosses se forment. Le brouillard rentre ses ailes, il fait place aux rayon de lumière, cette lumière qui oblige mes yeux à se fermer. Mon visage se crispe lorsque je pense à toi. Oh que le bonheur me renferme dans mon cœur qui manque d'espace, Peur et nostalgie, oubli.
           On m'a toujours dit, ne te retourne jamais sur ton passé, il ne te fera que du mal. Mais dites moi pourquoi mon futur me fait aussi peur, quand je vois cet instant présent, une douleur obsédante et envoûtante m'envahit lentement. Une peur et une envie inconnues, je ne connais pas ce sentiment. On n'explique jamais à un enfant ce qu'est la peur de la vie, on explique juste la peur du vouloir et du monstre caché sous le lit. Un enfant ne peut pas comprendre ces choses-là, elles sont trop compliquées. Je suis sûrement devenue grande pour comprendre la souffrance que peut nous apporter cette vie. On s'interroge sur moi, des questions se posent sur ma façon de parler et d'écrire. Pourquoi les personnes de mon entourage veulent-elles comprendre ce qui se passe dans mon esprit ? Laissez-moi penser seule. Le bonheur de fuir, de se refermer dans la musique, cette mélodie si douce qui me rappelle les traits de son visage si pâle. Cette musique dont je ne me lasse jamais. Le destin a fait que ce son si prudent m'emmène souvent dans la sureté. Lorsque j'ai peur, je fredonne cette mélodie. Il est évident que je suis différente de cette société très bizarre qui court autour de moi. Il m'arrive de m'allonger sur le sol, sur cette terre brûlante, le vent si doux me rappelle son souffle, la pluie, ses larmes. Croyez-moi cette peur se libère très vite. Liberté, pourquoi attendre une liberté ? partir, oui partir peut tout faire rentrer dans l'ordre, mais je n'ai pas envie de partir. On ne demande jamais à une fille de quatorze ans son avis, il est peu important. Partir, c'est reculer devant cette vérité absurde, je ne recule pas devant la vérité d'aimer mes proches. Aujourd'hui je veux juste pouvoir les voir une dernière fois. Crois-tu me connaitre assez pour le savoir ?                             ORIANE

 

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 19:13

Blaise CENDRARS
      "Malheur au pêcheur qui fait l'amour avec une sirène, il engendre le requin-marteau, le poisson-scie ou à vilebrequin, rien que des êtres à deux têtes car les sirènes n'ont pas de cervelle et chantent des foutaises."
(Cendrars, Bourlinguer, 1948).

Albert_Maignan_La_sirène
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 19:15
Quelques notes de lecture...
Sur Un Long Dimanche de fiancailles de Sébastien JAPRISOT publié en Folio Gallimard en 1991

Lecture qui peut compléter la séquence (de 3e) à venir sur "L'homme en guerre" (textes narratifs complexes / 1ère Guerre Mondiale)
Le résumé proposé sur Wikipédia
 

         À 8 ans, Mathilde fait la connaissance de Jean, dit Manech ; les années passant, il devient l'homme de sa vie. Appelé jeune, il part à la guerre en 1917. Ne supportant pas la vie dans les tranchées, Manech s'auto-mutile pour être démobilisé.

Janvier 1917 : cinq soldats français sont condamnés à mort en conseil de guerre, dont Manech : ils seront jetés par-dessus le rebord des tranchées dans le no man's land. Toute une nuit et toute une journée, ils vont tenter de survivre. À l'autre bout de la France, Mathilde aime toujours ce bleuet Manech d'un amour à l'épreuve de tout. La paix venue, Manech sera porté pour mort, mais elle se battra pour connaître la vérité et le retrouver, mort ou vivant, dans le labyrinthe où elle l'a perdu. Tout au long de ce qu'on appellera ensuite les années folles,  ses recherches seront ses fiançailles. Mathilde y sacrifiera ses jours et, malgré le temps, malgré les mensonges, elle ira jusqu'au bout de l'espoir insensé qui la porte. Elle le recherchera contre vents et marées.


Quelques notes personnelles pour présenter le roman.
Ce qui m'a le moins plu :
 
certains aspects du roman trop peu crédibles (des parents doublés de "tuteurs" à la fois très présents et toujours "discrets", des confidences intimes par lettre à une inconnue, des personnages parfois caricaturaux  - Tina, Mme Conte ; la "Tueuse des armées" dont on n'entend parler que très tardivement, ce qui suppose une absence d'échos dans la presse... alors que tout le roman est une quête d'informations)
Ce qui m'a plu :

- l'évocation de la vie dans les tranchées

- le caractère du personnage principal : son obstination, sa confiance dans son intuition, sa sensualité et sa sensibilité, son mauvais caractère...

- l'expression souvent imagée, fantaisiste, l'humour, les effets dus aux différents niveaux de langue,  une atmosphère évoquant le jeu, l'enfance qui fait que le défaut de crédibilité est oublié

    "Au printemps, un heureux événement se produit à MMM, dans lequel, superstitieuse, elle voit le présage que la sortie du tunnel est proche, que l'année 1924 lui ménage de grandes surprises et pansera bien des plaies. A l'âge mûr, comme on le prétend de certaines femmes, Durandal, la chatte jadis si hautaine de Sylvain, veuve de Camenbert, est saisie d'une véritable frénésie de débauche. N'arrivant pas à choisir entre Uno, Due, Voleur et Maître Jacques, elle jette son dévolu sur les quatre, soit parce qu'ils ne sont pas trop d'un quatuor pour la contenter, soit parce qu'elle a le louable souci d'éviter les zizanies dans la maison. Comme il lui arrive en outre de sortir en ville ou même en forêt, de n'en revenir qu'à la nuit tombante avec des airs passablement alanguis, bien malicieux qui peut dire, le samedi 26 avril, l'auteur des cinq délicieux petits chatons tigrés qu'elle met au monde. Bénédicte et Sylvain fêtent ce jour-là leurs cinquante ans - elle est son aînée de deux jours- et leur trentième anniversaire de mariage. Les cadeaux sont vite faits. Mathilde reçoit D'Artagnan et Milady, Syvain Porthos, Bénédicte Athos, qu'elle s'obstine à prononcer Camenbert, et Maman hérite d'Aramis. Après quoi, Durandal, guérie des passions amoureuses et repentie de ses péchés, se consacrera désormais tout entière à l'éducation de ses enfants." (p. 250)

- les jeux avec le temps : retours en arrière, anticipations et surtout reprise, réitération du même moment, d'une même scène sous différents points de vue, avec sa suite ou sa fin que l'on attend...

C'est, me semble-t-il, la grande réussite du roman que cette "mise au point" de plus en plus précise sur un moment du passé occulté, caché, tu.
La première lecture / vision de la scène qui ouvre le roman demande au lecteur une qualité d'attention et de mémorisation réelles, mais cet "effort" va être soutenu par l'ensemble des personnages du roman qui participent à cette remémoration.
Aussi le lecteur se sent-il à la fois sollicité dans ce travail de recherche, accompagné par les personnages et porteur d'un souvenir partagé... Impression subtile et très agréable !


Un entretien d'Audrey Tautou sur le site @lalettre

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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 19:13
La Petite Fille de Monsieur Linh
 Quelques mots sur l'intrigue
(pris sur un site de lecture des élèves "Les rats de bibliothèque" 
     C'est l'histoire d'un vieil homme, obligé de quitter, à cause de la guerre, son pays, plein de chaleur, de beauté, d' odeurs... Après un voyage interminable passé à la proue d'un navire, à regarder le sillage du bateau et l'horizon où a disparu le pays où il a laissé toute sa vie, il débarque dans une grande ville froide, grise, bruyante, sans odeurs (ou alors celles des fumées des usines ou des pots d'échappement). Mais il n'est pas seul : dans ces bras qu'elle ne quitte pas, sa petite fille de deux mois à peine, la seule survivante de sa famille tuée par les bombes...
A travers l'histoire de Monsieur Linh, c'est l'histoire de tous ces émigrés qui n'ont pas d'autre choix que de quitter leur patrie, et de s'exhiler en terre inconnue où ils trouvent une réalité de la vie totalement différente à la leur: langue, culture, nourriture, climat... C'est l'histoire de leur déracinement, de leur tristesse infinie, de leur découragement, de leur solitude. Ce qui fait tenir Monsieur Linh, c'est sa petite fille. Il veut vivre pour la nourrir, la voir grandir et s'épanouir "comme une fleur de Lotus". L'amitié d'un homme va-t-il les sauver ?

 

Ce qui peut freiner la lecture et le plaisir du lecteur

   Un début de roman assez énigmatique : où ? quand ? qui ? L'information est tellement mince que les personnages mettent un peu de temps avant d'exister. Et cette minceur les rend un peu fragiles : on voit la plume derrière le mot assez longtemps. Et puis cela fonctionne (un peu, beaucoup selon les sensibilités ; un peu pour ma part). L'évocation de "la clinique" est tout aussi peu crédible ; on peut croire parce que vue avec les yeux du personnage qui voit les choses d'une façon... bien à lui, mais nous lecteur qui ignorons pendant tout le récit "la vue du monde du M. Linh" nous voyons une clinique de pacotille...

 

Ce qui est plaisant : l'atmosphère aussi fragile qui est créée par l'évocation des souvenirs de M. Linh compose un joli paysage.  Douceur des parfums, des images... simplicité, dénuement mais présence (un peu cliché mais agréable...). Le plus touchant - je ne commente pas la fin qui ne me paraît pas la chute que l'on a dit, mais plutôt l'entrée des mots de M. Bark dans le récit, l'évolution du changement de point de vue pour celui du personnage qui est justement le plus touchant...- c'est la rencontre des deux hommes, deux univers, deux points de vue. Si M. Linh vit dans un monde à lui auquel nous avons finalement peu accès, faute de ... nourriture, M. Bark est plus roboratif, et présent. L'émotion vient de lui car - sans que le lecteur mesure exactement, avant la fin du récit, à quel point - son accueil du vieil homme est sans jugement aucun, un pur acte d'amour. Les scènes de "rencontre" sur le banc, devant le parc, sont les meilleurs passages du livre car, malgré les constructions diaphanes des lieux, temps et personnages, il se passe quelque chose. C'est là une vraie réussite dramatique.
Pour vous aider encore à préciser votre opinion sur ce court roman... à lire
Il y a les critiques "contre"   Il y a des critiques "pour"
    et encore "pour"
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 18:43

La Fièvre de l'or     Olivier WEBER
Un documentaire sorti le 15 octobre 2008 (1h35) et projeté au cinéma Utopia (ex-Diagonal Campus)
Le 24 octobre la projection du film a été faite en présence du réalisateur Olivier Weber, également auteur de
J'aurai de l'or. Orpaillage

Cette rencontre organisée en collaboration avec la librairie Le grain des mots a été suivie d'un débat qui a permis d'approfondir certains points.

"La fièvre de l'or" est en fait le développement intensif du trafic de l'or dans les états et régions du nord du Brésil et des "Guyanes" : Pendant la période coloniale il existait trois Guyanes : la Guyane anglaise (l'actuel Guyana), la Guyane néerlandaise (l'actuel Surinam) et la Guyane française.
La Guyane française faisait partie de ce qu'on appelait les DOM-TOM, mais, depuis la réforme de 2003, la Guyane est devenue un DROM : un département et une région d'outre-mer.
En ce moment sur ce territoire, des exploitations extrayant l'or du sol (orpaillage) se développent en toute illégalité. Ces pratiques existent parce que l'or est un objet de transaction, une monnaie depuis l'antiquité et aujourd'hui une valeur refuge. Les banques achètent de l'or en compensation des émissions de monnaie (environ un tiers de la production mondiale). Il y a 3200 tonnes d'or dans les réserves dans la Banque centrale de France, par exemple. Les particuliers achètent un quart de la production mondiale sous forme de pièces et de lingots. Actuellement, on extrait environ 2 500 tonnes d'or par an.

Le marché de l'or

     L'or est coté, sous forme physique, à la bourse de Londres et, sous forme de contrats à terme, à New York. Les cours mondiaux sont fixés en dollars américains par once d'or. En dehors de ces marchés organisés, qui traitent des grosses quantités, il existe des entreprises de négoce de l'or et de métaux précieux ouvertes aux particuliers.
Les cours sont particulièrement fluctuants et soumis à divers facteurs : évolution des stocks d'or des banques centrales, demandes d'orfèvrerie, notamment en Inde et en Chine, demande industrielle (électronique…), coûts et volumes de production, état des réserves minières, valeur refuge, ou achats et ventes spéculatives en fonction des incertitudes monétaires. Une partie du marché devient donc de plus en plus opaque. Or

En Guyane aujourd'hui

      L'or est extrait sans autorisation, en particulier sur le territoire de la Guyane, par des travailleurs pauvres venus du Brésil. Ce travail rapporte à peine de quoi vivre à ces ouvriers exploités. D'où des conflits entre les hommes : c'est un peu le "far west" dans ces camps ou villages rues dans lequels la possession de l'une pépite un peu grosse fait que l'on doit fuir le plus vite possible avant d'être tué...
Mais le problème se complexifie encore car, à cette situation économique et humaine, s'ajoutent une pollution et un problème sanitaire dramatiques : déforestation intensive (les orpailleurs défrichent autour du chantier afin d’en faciliter l’accès et d’installer leur campement et leur matériel. Par ailleurs, les cours d’eau sont souvent détournés, leurs berges détruites, ce qui provoque la disparition d’habitats pour les animaux. ), rejet de tonnes de boue dans les fleuves et surtout utilisation massive du mercure (pour agréger les particules d'or) qui détruit la faune et la flore de la rivière et empoisonne les poissons consommés par les populations locales.

Des informations sur le site Protège la forêtAmazonie
 Des arbres, des hommes et des femmes

Il est très difficile de lutter contre ce trafic étant donné l'immensité des territoires, le peu de moyens mis en oeuvre...
Le documentaire montre surtout l'aspect humain de cette situation. D'un côté, quelques personnages plus ou moins cyniques, vantant sans sourciller les bienfaits de leur activité pour leur propre personne, de l'autre des personnes engagées, et aussi des hommes et des femmes témoignant des conditions très dures de leur vie.
Témoignages qui s'accompagnent parfois d'une réflexion très lucide sur les causes de cette situation : l'appât du gain, le commerce, la transformation de toute chose en bien commercial et la destruction de l'homme par lui-même qui s'ensuit...
Mais aussi parfois de rires ou de danses, d'une vie qui résiste malgré tout...
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 18:07

Vu à la Comédie française La Mégère apprivoisée , de William Shakespeare
Mise en scène et lumières d’Oskaras Korsunovas.
Du 8 décembre 2007 au 31 décembre 2008. Matinées à 14h00, soirée à 20h30. Comédie-Française, Salle Richelieu, place Colette, 75001 Paris. Renseignements et Réservations au 08 25 10 16 80


Sur la pièce elle-même depuis le site Shakespeare "Online"

La Mégère apprivoisée (The Taming of the Shrew) - comédie légère écrite entre 1593-1594

Baptista, gentilhomme de Padoue, a deux filles. La douce Bianca, que trois gentilshommes, Hortensio, Lucentio et Gremio, tentent de courtiser et Katharina femme insupportable et entêtée qui veut toujours avoir le dernier mot. Sur le programme de la Mégère apprivoiséeBaptista annonce que Bianca ne prendra pas époux, tant que Katharina ne sera pas mariée.
Petruchio, gentilhomme de Vérone, arrive à Padoue avec un seul but en tête, marier une femme riche. On lui présente Katharina. Il décide de la courtiser et explique que si elle a un mauvais caractère, c'est que personne n'a montré assez d'autorité pour la dominer. Quelques jours plus tard, Petruccio épouse Katharina et sans perdre de temps, la conduit à Vérone et fait tout pour la rendre "docile". Il l'empêche, entre autres, de manger, de dormir et de porter de beaux vêtements. Entre-temps, Lucentio et Bianca tombent follement amoureux l'un de l'autre et se marient secrètement. Hortensio, quant à lui, épouse une veuve.
À Vérone, Katharina est transformée. Complètement soumise à son mari, elle va, à sa demande, jusqu'à affirmer le contraire des évidences : le soleil est la lune et que le père de Lucentio est une jolie jeune fille. Ils retournent donc à Padoue et après avoir gagé avec Lucentio et Hortensio que sa femme est la plus soumise, Petruchio gagne le pari haut la main.

(Photo extraite du programme Brigitte Enguérand)
Commentaires du metteur en scène dans le programme du spectacle
"À la première lecture, l’intrigue semble machiste, et si simple que l’on peut se contenter d’y voir une guerre des sexesqui ne nous apprendrait rien,et ne nous ferait sans doute plus rire. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelleson donne si peu à entendre ce texte. Pourtant l’oeuvre de Shakespeare aborde ici la quête autonome du désir ; elle
aborde l’étrange secret de l’attirance."
"Trouver le bonheur dans un monde faux "

"On peut alors comprendre l’histoire de Petruchio et de Catharina différemment. Ce qui leur arrive est une histoire

d’amour, avec autant d’obstacles au bonheur que dans Roméo et Juliette. Et c’est grâce aux moyens du théâtre que tous les problèmes sont résolus – la guerre des sexes, le caractère soi-disant acariâtre de Catharina…"

"Et le plus bel aspect de cette pièce est de montrer que l’amour – par le biais du travestissement – détruit cette hiérarchie figée, et met à mal le bal masqué social."

Sur la mise en scène

Ce qui peut déplaire (et déplaît à une toute petite partie des spectateurs qui reste curieusement de marbre... ou quitte la salle à l'entracte) :

Le choix d'une certaine outrance dans la mise en scène, une fantaisie débridée et quelques fois un peu gratuite. J'ai lu aussi des critiques négatives sur les décors jugés trop lourds, les costumes qui freineraient le jeu des acteurs : l'artifice un peu pesant de la planche de bois, prison du personnage...

Mais ce qui m'a plu !

D'abord la cohérence de l'ensemble : le décor ne paraît pas lourd car, d'inspiration baroque -crâne, masques, idée de vanités, et aspects de cuirs, tanés par les voyages et les usages, objets de la vie et du théâtre, costumes, théâtre dans le théâtre, tringles des décors et des vestiaires...- il est à la fois mesuré, modéré dans l'espace qui est grand ouvert et aussi morcelé, divisé, utilisé différemment selon les tableaux et encore transformé, donné à voir sous des faces diverses, pratique comme une cabine de douche ou esthétique comme un balcon... Mouvant donc et en accord avec le texte qui se dédouble et se dédouble encore, montre des faces sur des masques sur des acteurs sur des personnes.

Les costumes sont tout autant mouvants : facettes changeantes, miroirs, hommes ou femmes... Leur poids, sensible en effet, ne paraît pas un handicap pour les acteurs qui inventent nombre de manières de jouer avec ces carcans. Carcans comme le serait un lourd costume "d'époque" mais ici montré et détourné, voire retourné et tapé à toute force sur le sol, les planches ! Car ce poids du costume justement conduit les acteurs à se mouvoir avec une énergie peu commune. Ces lourdes planches se mettent à tourner, tout à tour habit, meuble ou arme, elles prennent les formes de ce qui rapproche ou de ce qui oppose ; mais aussi elles cachent ou devenues miroir, elles montrent les corps, qui se dénudent ou qui les débordent. Et ce ballet musclé, des corps aux prises avec les planches, n'est pas un cirque vain ! Car, soit en rythme, soit à contre-temps, on se rencontre grâce aussi à ces dispositifs-là. Cela bouge beaucoup !

Peut-être trop pourrait-on penser ? Mais le texte encore... Arrivée, départ, courses, voyages, disputes, affrontements ou désir : cela se passe là, dans le mouvement qui conduit petit à petit, à coup de redites, reprises (répétition des mêmes situations avec des personnages différents, gradation des situations d'affrontement...) et autres contacts, à la rencontre finale où enfin tout s'organise, constitue un seul tableau, comme un seul être. Comme y invitait le décor surplombant, composite et d'une seule pièce aussi.

Mouvement et humour ! Humour débridé certes : il faut bien cela pour se défaire des planches et autres liens du cuir social. Fantaisie irrespectueuse ( de tout ! les puritains s'évanouissent, les féministes peuvent frémir, les puristes gémir), anachronique et iconoclaste : quand Grumio fait sauter les crêpes-gants en plastique rose ou Petruchio en chatouille un autre -gant-, quand les blousons de cuir tombent ou les crooners s'affrontent... Et pourtant ! Si l'on veut bien laisser au metteur en scène ce droit de "jouer" avec le texte- Comme cela va bien au texte, le dynamise, le rend très drôle à de très nombreux moments : on rit pendant deux heures et demie ! Un texte dont je ne suis pas du tout une spécialiste, que je n'avais vu que dans les versions cinématographique ou télévisée de Zeffirelli ou en soirée dominicale - une version des sixties de la BBC-, mais avec lequel il me semble, en simple spectatrice, que l'on peut se permettre quelques libertés pour actualiser certains effets comiques sans trahir le propos de fond ou la force des jeux du théâtre !

(Il me vient à l'esprit une comparaison qui illustrerait, peut-être l'intérêt de ces audaces : quand Daniel Besace, dans sa mise en scène de l'Ecole des femmes fait saisir Agnès par le devant de son costume par Arnolphe, ce geste très contemporain - ne déparant pas du tout une mise en scène très respectueuse du texte- est tout à fait effrayant, et donne à voir la violence du personnage avec une efficacité redoutable : est-ce un crime d'adaptation théâtrale ?) Oskaras Korsunovas va beaucoup plus loin, c'est certain. Mais il s'agit aussi d'une comédie faisant une large part  à la  langue verte... Ces libertés sont peut-être à discuter...

Sur le programme de la Mégère apprivoiséeMais ce qui ne l'est pas du tout, c'est la qualité de jeu des acteurs ! Ce ne sont pas seulement les qualités "habituelles" des comédiens de la Comédie française qui sont à l'oeuvre ici mais le spectateur est séduit, amusé et touché de voir ces comédiens "jouer", parler, se mouvoir, se donner avec une telle aisance, une telle ampleur, un dynamisme sans faille et une présence vraiment efficace, malgré les masques et leur poids, en dépit de cela ou grâce à cela. Des rencontres se font sur scène et cette activité, cette tension se communique au spectateur emporté dans cette fête. Il est difficile de mettre en valeur l'un ou l'autre acteur car c'est justement l'ensemble qui s'accorde et fait "ensemble" - ce qui n'est pas toujours le cas à la Comédie française...- mais, outre les deux rôles principaux excellents Loïc Corbery et Françoise Gillard, Christian Gonon et Jérôme Pouly sont particulièrement remarquables. Ils portent un texte qui n'a pas toujours un intérêt dramatique de premier plan avec une drôlerie et une présence de chaque instant, des qualités de grands comiques. Il est toujours très agréable au théâtre que d'être emporté dans la grande liberté du rire donné par des acteurs "vivant" pleinement l'artifice qui est en train d'exister...

Un article du périodique La Terrasse qui critique joliment ce spectacle.

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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 17:54

Le blog Lefildelaure sera maintenant complété par Laurelei qui sera réservé à la publication des textes écrits par les élèves dans le cadre de l'atelier d'écriture du collège.
Les textes "libres" seront mis en ligne, selon la volonté des élèves auteurs, après présentation des consignes d'écriture.
Le projet de l'atelier sera également communiqué, ainsi que les objets de ces différentes séances.

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